Craintes et tremblements.

Le ciel craquèle sous le poids de nuages noirs zébrés par des éclairs aveuglants. Un torrent va gicler sur nos peines déjà vives comme des bobos. Qui n'a pas refait son toit demande à la Providence d'épargner sa progéniture. Il risque de pleuvoir toute la vie. Et toute la vie coulera, avec nous, sous les rires retentissants des grenouilles, jusqu'aux confins de la batardise.

On dirait que le monde s'effondre.

Le bonheur, voletant tel un papillon diapré, vient souvent déposer sur ma joue gauche un câlin glacial

qui m'attendrit,

qui perce la poche de mes aigreurs pour y retirer le plus gros sourire que le monde ne peut supporter.

Écoute mon anecdote, doux ami au chevet de ma peine.

Pourquoi écouter un mélancolique au juste ? Le démon aux ailes aiguës hante les joies que me servent la vie sur un plateau de plaisirs. J'ai envie d'apaiser le sort dans les creux de ton être.

Écoute-la doux ami de mes effrois

Un jour de pleine lune à la lumière crémeuse, quand courait le farfadet des lagunes à la, vint l'extase. J'étais trop petit pour le domestiquer et en faire une formule magique contre le méchant spectre à la taille de chiendent, à la voix de coccinelle qui susurre, au chant strident de machine qui grésille, à la hâte de comète qui voyage. Le bonheur étendit sur l'immensité de mes craintes son énorme gabarit en sept lettres d'or. Alors tomba, dans un fracas, la sentence aussi lourde qu'une nouvelle funeste en un jour destiné à porter des espoirs : < interdit="" formelle="" de="" jouir="">.

Depuis lors Ô doux ami chagrin et pleurs alternent sur ma somptueuse couche d'où le rire s'échappe des lèvres, par dérision, par abdication.

 

 

Il pleut des cordes et j'adore pareille extase. J'adore la musique monotone des tôles qui, tels des cantiques berceurs, commande le sommeil qui reconstruit l'esprit endolori par le stress.

Il pleut des cordes et j'adore pareille extase. Je rêve toujours d'une pluie dans chaque vie pour faire germer les ambitions, mûrir les pensées, fleurir les entreprises, maturiser l'homme.

Il pleut des cordes et j'adore pareille extase. Le ciel est voûté. Il fera beau temps dès qu'il aura ébroué l'eau les rivières qui courent dans son pelage de glace et de nuages. Je me plaîs à pétrir l'argile sur le pétrin des rues où nous découvrons la vraies essences des choses.

 

Puisque vous faites des rêves volages, comment rendre à la dignité et à l'intégrité ses ailes lestes d'aigle pour reprendre les hauteurs insondables dans un monde qui a enfilé les haillons de déshonneur. Vous avez chassé la vertu à coups de pétoire, vous l'avez additionnée à vos saladeries de terrorisme, de génocide, de haine tribale et de marcottage du vice...

Ô un coup de pinceau pourrait-il donner un coup de neuf à toutes les vilenies sordides que sécrète les égouts de la conscience ? Je vois le monde rafistoler son destin avec du fil blanc. Ridicule que revêtent les secrets de polichinelle!

Ce monde irréformable est devenue une mine anti-personnel en plein compte à rebours. Je te souhaite une bonne explosion.

J'attends des cendres, tel l'intrépide phénix qui connait les arcanes de la régénescence, de nouvelles pousses aux vertus vitales. 

Je me méfie des leçons qui se rient de la morale ; elles sont dilemmes et tas de perversité. 

Je me méfie des amitiés qui clignent de l'œil et tope dans la main de mon détracteur; elles sont enfer et voie du mal.

Je me méfie des illusions qui refusent de se vêtir de réalisme ; elles sont pourrissement des attentes et blessures dans l'âme.